LUMIERES ET ROMANTISME

Pour Rudolf Steiner, son fondateur, l’anthroposophie n’est pas une philosophie mais plutôt un chemin de connaissance », visant à « restaurer le lien entre l’Homme et les mondes spirituels ». Revendiquant une capacite à percevoir des mondes « sensibles », au-delà de la vision matérialiste du monde, il étudia  et commenta les grands auteurs romantiques allemands, Goethe, Schiller ou Novalis. L’important est de promouvoir la liberté d’esprit, dégagée de tout- tabou intellectuel, entre autres par le biais privilégié de l’expression artistique.

Rarement un mouvement de pensée n’aura trouvé autant d’applications concrètes que l’anthroposophie. Dans sa vision spirituelle de l’Homme, de sa place dans l’Univers, celle-ci se décline sur tous les plans de l’activité humaine.

Le plus connu est certainement l’agriculture biodynamique, qui se distingue de l’agriculture bio par le concept d’« organisme agricole », réunissant l’homme, les animaux, les végétaux et la terre en un tout harmonieux. Reconnaissables à leur label Demeter, les produits biodynamiques occupent une place grandissante dans les rayons bio, notamment les vins.

Les parents en recherche d’écoles alternatives connaissent bien la pédagogie Steiner-Waldorf. Là encore, enseignants et élèves forment un tout. L’enfant apprend le respect sous toutes ses formes : celui de son propre travail, de ses camarades, des enseignants et finalement de lui-même. Par ailleurs, les activités artistiques occupent une place centrale dans la formation de la personnalité des futurs adultes. Enfin, la médecine anthroposophique préfigure les médecines dites « holistiques », qui prennent en compte la globalité des patients, en traitant toutes ses dimensions : physiques, fonctionnelles, psychiques mais aussi humaines. Là encore, tout est lié.

L’anthroposophie s’est également étendue à d’autres domaines, présentés dans ce dossier, tels que l’architecture (s’inspirant des formes sensibles de la nature), l’eurythmie, un art qui conjugue mouvement et sons, ou encore la pédagogie curative, destinée aux personnes atteintes de handicaps.

Si l’anthroposophie connaît un succès remarquable en Allemagne et dans les pays de langue germanique (on y a construit des hôpitaux, de très nombreuses écoles), la France reste en retrait : il existe chez nous une certaine méfiance vis-à-vis de ce courant spirituel, parfois jugé mystique, voire sectaire.

La France fut le pays des Lumières, berceau cartésien du rationalisme : pour être acceptée, une idée doit être validée scientifiquement. Alors que l’Allemagne a vu grandir le romantisme, laissant s’épanouir les sentiments et le merveilleux. D’un côté le recul, de l’autre l’expérience personnelle. La différence de perception de l’anthroposophie des deux côtés du Rhin n’est-elle pas le reflet, encore de nos jours, de l’opposition de ces deux grands courants de pensée européens ?

Jean-Pierre Camo
Directeur de la publication et romancier (www.la-saga-du-vinland.com)
(Article reproduit avec l’autorisation de l’auteur, dans Biocontact Novembre 212 N°229 Spécial anthroposophie)

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