La gymnastique Bothmer par Patrick Defèche

Pourquoi une gymnastique particulière pour la pédagogie Steiner-Waldorf ? N’existe-t-il pas suffisamment de possibilités de mouvements dans le vaste champ des disciplines contemporaines, tant dans les activités sportives, que dans les approches non sportives ?

Tout d’abord, il faut préciser que cette gymnastique n’exclut en rien le recours aux autres disciplines comme outil de travail pédagogique, dès lors que ces dernières sont choisies et adaptées aux étapes de développement visées.
Quand il fut demandé à F. Von Bothmer de prendre en charge l’éducation physique à la première école Waldorf, il ne trouva pas satisfaction dans les nombreuses écoles du mouvement existant alors. A l’instar de la pédagogie Steiner-Waldorf, dont elle fait intégralement partie, la gymnastique Bothmer est mue par une volonté d’adéquation entre les vécus proposés à travers le mouvement et une authentique prise en compte des stades de développement de l’être humain en tant que totalité physique, psychique et spirituelle. Rudolf Steiner a donné à la pédagogie une image référente de la nature humaine qui pousse l’acte pédagogique bien au-delà des seuls apprentissages traditionnellement jugés nécessaires <1>. L’éducation gymnique, proposée par F. Von Bothmer accompagne l’être en devenir vers une familiarisation, un apprivoisement, et une maîtrise des lois qui régissent le mouvement : celles de son propre corps, celles de l’espace et de ses dimensions, de la gravité terrestre, du rythme…
Grande est notre propension à supposer qu’au cours du développement, après nos premières explorations corporelles au sol, le seul fait de réussir, assez spontanément dans un environnement favorable, à nous ériger dans la verticale et à nous déplacer debout, signifierait que nous « savons » d’emblée le faire ! Mais il nous faut bien admettre qu’aussi merveilleuses et magiques que soient ces premières acquisitions, ces « cadeaux » de la vie, elles ne sont en quelque sorte que des préalables, et nous pouvons observer quotidiennement qu’elles sont en partie inabouties, voire même « déviantes » pour un grand nombre d’individus <2>. Il nous est beaucoup plus facile d’admettre la nécessité de prolonger par l’éducation bon nombre d’acquisitions spontanées (telles que : parler, écrire, nager etc.), que de percevoir cette même nécessité pour notre acquisition spontanée de la station debout par exemple, et donc par là même de tout ce qui en découle… Les enjeux en sont pourtant considérables en tenue de perception, d’adaptation et d’évolution dans le monde qui nous entoure <3>.
La gymnastique Bothmer, mise au point pour la pédagogie s’est emparée de cette éducation de l’être redressé qu’est l’homme. Elle a la prétention d’épanouir progressivement en lui la conscience qu’il se doit d’acquérir : celle de sa verticalité dans toute l’acception du terme. L’exploration corporelle de la pesanteur et des dimensions de l’espace à travers les exercices, veut rendre possible ce chemin vers la liberté que permet aussi une verticalité pleinement conquise. Mis à sa juste place, l’assujettissement à la gravité terrestre, ne fait pas de notre corps pesant une prison étroite, mais lui conféré au contraire la qualité d’un véritable organe de connaissance et nous donne ainsi la possibilité de nous lier à ce qui dépasse de très loin la seule enveloppe corporelle…
Patrick Defèche

<1>    « .. .Vous ne devez pas oublier que l’enfant dont vous faites l’éducation et l’instruction à encore autre chose à faire que ce qu’il accomplit avec vous. L’enfant a toutes espèces de choses à faire qui ne rentrent qu’indirectement dans votre domaine. L’enfant doit grandir; il faut qu’il grandisse et vous devez bien comprendre que tandis que vous l’éduquez et que vous l’instruisez, il doit aussi grandir comme il faut. Cela veut dire que votre éducation et votre enseignement ne doit pas entraver cette croissance. » R. Steiner (la nature humaine, 11e conf.)

<2>    Nos conquêtes et prouesses d’enfant, et ainsi tout ce qui est conquis spontanément au cours du développement nécessitent d’être ressaisis de plus en plus consciemment pour être mené à l’aboutissement le plus complet possible

<3>    « La formation – psychique et spirituelle – devrait résulter de la façon dont on peut mouvoir son corps » R. Steiner. Conf. IX, « Gymnaste, Rhéteur, Docteur » du 24/08/1924

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