Les transfuges : ne les fusillez pas !

Les transfuges ont plutôt mauvaise presse dans le vaste et pesant empire de la pensée unique. Ils rament à contre-courant dans ce mainstream qui vous emporterait sans crier gare si vous ne vous accrochez pas courageusement à quelques repères indéfectibles.

Pour être concrets, regardons du côté d’exemples historiques assez connus pour être mieux compris. Et qui voyons nous là ? Moïse représente sans aucun doute l’un des cas les plus explicites. Car c’est un cas, ce Moïse. Ne pouvait’- il pas rester en Egypte où les Israélites ne vivaient pas si mal ? Mais un fait l’a révolté ; contre tout bon sens, il a tué un garde-chiourme. Dès lors, il n’a plus le choix : il faut fuir, « aller ailleurs »…Situation des plus inconfortables malgré sa conscience d’avoir obéi à une inspiration d’En-haut. Comme d’autres dissidents, il connaît alors une vraie traversée du désert. Mais il n’a aucune raison de nourrir de vains regrets.

Dans la même perspective et presque sur le même registre, le Christ Jésus représente le transfuge par excellence : reniant, sinon le judaïsme en bloc, mais clairement la religion juive institutionnelle, il passa pour un transfuge aux yeux d’un grand nombre de ses coreligionnaires. Il n’en fallut pas plus pour causer sa perte, humainement parlant. Mais dira S. Paul : Folie aux yeux des hommes, sagesse pour Dieu !

Dans notre histoire récente, la figure emblématique du transfuge, c’est Charles de Gaulle. D’abord stigmatisé comme traître par la France de Pétain, il a obtenu la reconnaissance de l’Histoire. Mais auparavant, il lui a fallu « franchir le Rubicon » et assumer des risques sérieux.

D’autres moins célèbres, mais non moins courageux, ont suivi la même voie (ou voix de leur conscience) et ont choisi l’exil avec tous les aléas d’un tel chemin qui n’est certes pas celui de la facilité. Partis « ailleurs », un pouvoir totalitaire les considérera comme des traîtres. Et puis, d’émigrants, ils deviennent des « immigrés ».

Moins apparent, moins spectaculaire, l’exil peut, hélas, être vécu à l’intérieur des frontières de son propre pays, de ses propres institutions. Privés d’un statut grâce auquel ils jouiraient de la reconnaissance de leurs pairs, ils ont parfois vocation, néanmoins, à mener une action de veilleurs et même d’éveilleurs. Le transfuge se sait, en fait, en état d’insoumission «par devoir de conscience » et contre cette voix-là, les chefs, les supérieurs et autres détenteurs de pouvoir ne disposent d’aucune arme qui vaille. Pensez à Giordano Bruno, à Boris Pasternak, ou Andrei Sakharov, Mgr Jacques Caillot ou Gayatri Dévi et bien d’autres. Au demeurant, n’est ce pas très souvent sous l’impulsion directe ou indirecte des transfuges que se débloquent des situations auparavant jugées insolubles, voire bétonnées pour l’éternité?

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