Lytta Basset publie « Oser la bienveillance » (Ed. Albin Michel)

De l’audace, mes frères ! Encore de l’audace, mes sœurs ! Osons! C’est le titre du livre que cette auteure et pasteure publie, après La Joie Imprenable (Albin Michel, 2004) et Sainte Colère (Labor et Fides/Bayard, 2002) entre autres.

Visitant les Ecritures dans leur force native, cette professeure de théologie (Neufchâtel Suisse) est par ailleurs engagée dans de multiples accompagnements spirituels.

Ce nouvel ouvrage (Albin Michel, 2014) se situe à la croisée de l’exégèse et de la psychologie et laisse transparaitre sa colère contre une culpabilisation envahissante et son espérance d’un nouvel altruisme salvateur.

L’auteure analyse d’abord « la manière dont la pensée théologique fut « plombée » par la doctrine du péché originel et sa vision catastrophique de la nature humaine. Il existe désormais une véritable allergie diffuse à cette conception, longtemps enseignée …comme vérité historique ». (V. dictionnaire de la Bible, éd. 1989, pages 389 à 392). Un virus de désespérance s’est infiltré par là, qui contamine durablement les mentalités. Si l’homme est mauvais dès l’origine, il n’est pas étonnant que tant de personnes aient trainé toute leur vie une mentalité découragée (V. Golies Hebdo, N° 324).

Car « au commencement était la culpabilité ». Ainsi, pensait-on au Vème siècle, à la suite de Saint Augustin, et ainsi s’est consolidée la doctrine et le « primat du péché premier constitutif>. Aujourd’hui, il importe de s’en défaire, d’urgence ou alors c’est l’enfermement pour toujours : rester définitivement « noué au mal.. , en connivence originelle avec le mal, d’où le pessimisme sur la nature humaine » (Ibid)

« Il n’est pas une seule parole de Jésus qui soit relative à un quelconque péché originel (mais) ne nous a-t-on pas dressés pendant des siècles à l’examen de conscience chronique, au repli sur notre culpabilité, à l’enfermement dans la pensée bien égocentrée d’êtres damnés ? constate L. Basset. Et nous devons ajouter, pour rendre justice à Martin Luther, qu’il fut le premier qui ait cherché une issue à cette impasse, vrai piège pour la foi chrétienne.

Une autre inspiration est trouvée chez Paul Ricœur, pouvant « guérir du malheur ». Nulle prétention pourtant à esquiver le péché. C’est le « constitutif originel » qu’il faut rejeter. Car la vision du péché originel ayant pris le dessus, elle a de multiples façons, rencontré des intérêts « politiques » : n’a-t-elle pas surtout servi l’absolutisme de l’Etat, bien heureux de pouvoir gouverner des consciences coupables ? Tendance qui se maintient même dans des discours laïcisés comme, par exemple, celui d’une écologie jouant sur la peur. Nous serions des « prédateurs-nés » (Ibid N° 324, p.,19). Mais, ajoute l’auteure, la sécularisation que nous vivons est une entreprise de déparasitage.

Retrouvons donc une autre vision: notre contemporain sait mieux reconnaître le primat d’une disposition à l’empathie. Au commencement, ce n’est pas le péché et le refus, mais l’attachement et l’affection, toute maman vous le dira, qui vit ou aura vécu le premier âge de son enfant… Le réel n’est pas l’enfer, mais la compassion. Demeurons donc des vivants.., attirés par une lumière qui nous précède. « Nous sommes de la même étoffe compassionnelle que le Tout-Autre ».

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